Le Camgran

p1_cangrand.jpg (28334 octets)Pendant longtemps les habitants du BEARN ont vécu de la culture et de l’élevage. Une petite partie des terres utilisées leur appartenait, le plus souvent en commun, mais une grande proportion leur était affiévée par leur propriétaire : le seigneur local ou le vicomte de BEARN .

MOUMOUR n’échappait pas à cette règle, ainsi, ses habitants, avec ceux de la vallée jouissaient du droit de pacage dans les bois de JOSBAIGT, appartenant à la VICOMTE . Ils jouissaient enfin, en propre de deux pièces appartenant à la Vicomté appelées LASSERE et CAMGRAN.

Nous ne parlerons ici que du CAMGRAN, la première pièce a été vendue et parcellisée.

Lorsque les évêques d’Oloron ont acquis la baronnie de MOUMOUR, en 1215, ils sont devenus propriétaires du château, et seigneurs du lieu. Ils étaient chargés de lever les impôts pour le comte du Vicomte, en prenant au passage, leur quote-part.

Le 29 mai 1491, une sentence rendue par la reine CATHERINE, et faisant loi, cède en affièvement à la communauté de MOUMOUR, un bois appelé CAMGRAN. Ecrite en béarnais , en voici quelques extraits, traduits en français.

Nous, JEAN, par la grâce de Dieu, roi de NAVARRE, …et CATHERINE, par la même reine propriétaire du dit royaume…..

Vu la demande pressante des jurats, gardes, voisins et habitants de MOUMOUR, qui nous ont démontré le grand préjudice que constitueraient pour eux, la perte du bois appelé CAMGRAN. Ils possèdent en effet un nombre de bétail important mais indispensable pour les aider à vivre et les terres dont ils sont propriétaires ou dont ils jouissent ne suffisent pas pour les nourrir.

Vu la faible ressource que nous en retirons et, voulant faire une faveur au peuple de MOUMOUR……

Affiévons de notre plein gré, en notre nom, celui de nos héritiers et successeurs et pour toujours, le bois appelé CAMGRAN aux habitants de MOUMOUR, comme c’était déjà le cas.

Ce bois est confronté avec l’eau appelé le Vert, les terres de LABARONNE, LABORDE, DUHAU, et autres. L’eau du canal du moulin appartenant au Seigneur Evêque, passant au milieu et n’en pouvant exprimer la contenance car il n’a jamais été arpenté.

Les habitants de MOUMOUR ont le droit de pacage , de jour et de nuit, de couper toutes sortes d’arbres, sauf les chênes et hêtres, dans ce bois. Ils peuvent toutefois couper les branches qui leur sont nécessaires pour faire des cordes appelées " ligadures ", ou pour faire des barres, " mailhs " et autres instruments nécessaires pour rompre, fendre les chênes, hêtres tombés par le feu, le vent ou tout autre incident.

Les habitants du lieu peuvent prendre et couper toutes sortes de fougères avec des petites faux, comme il est dit dans les deux contrats de " panséaction "passés entre le Seigneur de BEARN et les voisins de MOUMOUR. ( Il y avait dont 2 contrats antérieurs).

Ils peuvent aussi, comme ils ont l’habitude, continuer d’affermer le glandage dont ils retireront environ, 30 " haux " par an (cet affermage se pratiquait encore en 1960).

Nous nous engageons solennellement à ne jamais plus affiéver ou permettre à aucune personne ou bétail étranger au village d’entrer, passer, gîter, paître de jour et de nuit dans ce bois.

Nous interdisons aux habitants de MOUMOUR, à leurs héritiers et successeurs, de donner, vendre ou affiéver le Camgran, en totalité ou en partie et octroyons qu’il demeure perpétuellement et à jamais propre vacant de la communauté de MOUMOUR, actuelle et à venir.

Nous octroyons aussi, par la présente, l’autorité pour les habitants de MOUMOUR de pouvoir décider, après pris entr’eux, l’interdiction :

  • d’entrée du bétail dans ce bois, dans une partie ou en totalité, en permanence ou pour une durée déterminée et tant qu’il sera nécessaire.
  • d’écorçage, pour faire du tan et pour la durée qu’ils jugeront nécessaire.
  • D’abattre des arbres pour faire du bois à brûler et ceci, pour l’administration, la gestion, la croissance et la conservation du Camgran. Ils pourront pour cela instituer des peines et saisir le bétail en infraction qu’il soit étranger ou non à la population de MOUMOUR.

Suivent quelques réserves : droit de passage pour le bétail en troupeau appartenant au Vicomte- montant de l’affièvement (1 franc et 4 sols)- les conditions de " carnage ", (saisie) du bétail….

La conclusion est la suivante : "Pour cet affièvement et toutes les choses susdites, avons promis par les présentes et donné notre parole royale, de tenir bon et ferme pour nous, nos héritiers et successeurs… Mendons aux notaires qu’ils enregistreront les présentes pour éternelle mémoire. Le 29 mai 1491.

En 1589, alors que les biens saisis au clergé au moment de la réforme, n’ont pas été restitués, le capitaine PENE d’OLORON, demande l’attribution, en raison des services rendus des bois appelés Camgran. La communauté des voisins se mobilise, arguant du fait que cette terre est indispensable à la survie et qu’elle n’a jamais cessé de payer son affièvement, comme en font preuve les reçus délivrés par l’EVËQUE avant la saisie et fermier du roi, par la suite.

Catherine de Navarre, sœur d’Henri IV et régente de la vicomté, donnera raison à la communauté de MOUMOUR, et confirmera la sentence de 1491.

En 1684, enfin, Mg de la SALETTE, se référant à la sentence de 1491, cède de façon définitive le Camgran, à la communauté de MOUMOUR, à la charge et condition, que " les dits jurats voisins et habitants de MOUMOUR, ne pourront en aucun temps vendre et autrement aliéner les dites terres vagues appelées Camgran et qu’elles seront et demeureront à jamais communes aux dits habitants ".

Les habitants de MOUMOUR ont donc la charge de conserver, entretenir, faire croître le CAMGRAN, qui ne devra jamais être vendu, aliéné, que ce soit en partie ou totalité.

    L'Origine du nom