Le Béret

La manufacture de BéretsLorsque les animaux ont quitté l’arche, NOE, a trouvé un tas de poils et laines qu’ils avaient perdus. Ils avaient été piétinés, foulés, dans l’eau stagnant au fond de la cale, pour former un tissu feutré et imperméable. NOE s’en couvrit la tête pour se protéger de la pluie…Ainsi serait né d’après la légende le béret.

Au nord-est du Béarn, on dit "Lou berret" alors qu’au sud-ouest, chez nous, on dit "Lou Bounet".

Qu’il soit né sur l’arche de NOE ou des mains expertes des bergers pyrénéens qui le tricotaient à la veillée avec des aiguilles en bois de buis, le béret a acquis ses lettres de noblesse en BEARN, pour se répandre dans tout le grand sud-ouest puis, dans le monde entier.

Ici, pour le désigner, on dit:  "le béret" mais ailleurs, bien que béarnais, il est appelé: "béret Basque"; pourquoi ? Au siècle dernier il était porté par des joueurs de pelote renommés. Les touristes qui venaient de découvrir la "côte basque" le demandaient en souvenir. Les commerçants de BAYONNE – BIARRITZ… qui l’achetaient en BEARN, lui apposaient des étiquettes avec des noms de villages basques: ISPEGUY –IHOLDY – ESPELETTE …, d’ou l’appellation de "béret BASQUE" . Comme disait un journaliste béarnais: "les basques ont été nos meilleurs VRP" !

Sa fabrication a été toujours, à domination béarnaise:

1830: 2 usines à OLORON.

1950: 30 usines en France dont 10 à OLORON et plusieurs à NAY-ORTHEZ.

1998: 2 usines en France (1 à NAY – 1 à OLORON).

 

Le plus vieux béret coiffe une sculpture du portail de l’église de BELLOC ( Béarn).

Les santourets de la crèche d’OLORON (1680) portent cette coiffe.

Il protège du soleil un pêcheur de l’église de SARRANCE (1760).

Au moyen-âge il faisait déjà partie du costume de la vallée d’OSSAU.

Il est le thème de vieilles chansons. Voici l’une d’entr’elles:

I
Chaque pays possède sa coiffure :
Le marocain porte un fez rigolo,
Le mexicain ne manque pas d’allure
En arborant son vaste sombrero !
Le bon bourgeois, ce n’est pas un reproche,
Porte un melon, tant mieux si çà lui plaît,
Moi, mon chapeau, je le mets dans ma poche,
Je suis gascon et porte le béret.

II
Notre béret c’est toute la Gascogne,
Et "per canta nouste beth ceü de Paü"
Nos montagnards aux jambes de cigogne,
Avec orgueil le portent en haut "ataü"
Et avec çà c’est tellement pratique,
Quand M’sieur l’Curé sur la roue apparaît
Où le paysan dépose-t-il sa chique ?
Mais "Diü Biban" mais c’est dans son béret.

III
Le béarnais aime le mettre en pointe,
Le basque, lui, le met sur l’occiput,
Et le landais, sans reproche et sans crainte,
Le pose ainsi quand il veut dire "zut",
C’est tout petit mais c’est une merveille :
Pour réfléchir c’est ainsi qu’on le met,
Et pour crâner on l’accroche à l’oreille
Quel orateur ce coquin de béret !

IV
Quand grand-papa travaille dans la vigne,
Et qu’à l’église on sonne tant et plus,
Pour la prière, il l’enlève et se signe,
Plus de béret quand sonne l’angélus.
Les parisiens dont l’enfant n’est pas sage,
Pour le fesser prennent un martinet,
Un martinet ! C’est un truc de sauvage,
Nous on lui flanque un bon coup de béret.

V
Lorsque à Bayonne, on joue à la pelote,
C’est son béret que l’on jette au vainqueur,
Et ce béret c’est pas de la gnognote
Puisque dedans on a mis tout son cœur !
Et le dimanche, il fait bon qu’on le sache
A la plazza ça fait beaucoup d’effet,
Nos jeunes gens vont exciter la vache,
Pour la sauter pieds-joints dans le béret,

VI
Votre béret a fait le tour du monde,
Tous les champions qui battent un record
L’ont adopté sur la terre et sur l’onde,
Car un béret çà tient, coquin de sort,
Malgré le vent et malgré le cyclone,
Il est solide et peut-être, qui sait ?
Alphonse XIII aurait gardé son trône
S’il avait eu pour couronne un béret.

VII
Quand le conscrit quitte sa fiancée
C’est le béret qui rythme les adieux,
Quand il est loin, seul avec sa pensée,
C’est au béret qu’il parle avec les yeux.
Je ne veux pas vous parler de la guerre,
Quelques grincheux me le reprocheraient
Mais vous savez tout ce qu’ils ont pu faire
Les petits gars qui portaient le béret.

Autrefois, couvre chef rural par excellence, plus qu’une protection contre le soleil et la pluie, il marquait une identité régionale et même nationale (il a été le symbole du patriotisme français pendant la guerre).

A l’origine marron, de la couleur de la laine des chèvres élevées dans les Pyrénées, il est maintenant surtout noir, parfois rouge ou vert pour les jeunes les jours de fête, et même multicolore lorsqu’il se montre dans le monde du désign, de la signalétique ou de la pub.

Sa circonférence est petite pour les jours de la semaine et le travail mais s’agrandit pour les dimanches, jours de fête, mariage et enterrements.

Le petit bout qui apparaît au centre, n’est pas la terminaison du tricotage mais est posé là, spécialement, pour éloigner le mauvais sort et protéger celui qui, le porte des mauvais génies...

Son imperméabilisation est due au feutrage de la laine obtenu par foulage, en deux heures (béret folklorique), sept heures ( béret normal), et quatorze heures ( béret militaire).

Présent dans la culture du quotidien, il servait de porte monnaie, pour la cueillette, pour corriger un enfant ou encore, pour éponger la sueur. Il a marqué des générations d’enfants au travers de leurs jeux : Lancer de béret – bérrétole ( ronde autour des bérets entassés et gare à celui qui les touche ) – course du béret, (on en retrouve des traces dans les règlements des courses de vaches landaises) – Il remplaçait le témoin que l'on transmet dans les courses de relais....

 

La façon dont il est porté, image bien plus qu’un long discours l’humour de celui qu’il couve.

En haut de la tête, bien planté: C’est moi ! je vous en fout plein la vue…
Sur l’œil: douteux – faux jeton ou pour protéger du soleil.
Derrière la tête: je réfléchis … ou je me fous de tout, surtout si j’ai bu un petit coup …
Sur le côté: pour crâner…
S’il tourne: n’approchez pas. Celui qui le porte est très en colère…

 

Il peut aussi servir d’arme : avec un cailloux dedans, on le fait tourner et gare à celui qui en reçoit un coup – ou de mesure : une betterade de pomme de terre…

La langue béarnaise nous a transmis, outre des chansons, de nombreuses expressions qui montrent la grande place de ce petit couvre chef :

Bounét de boèu: (béret de bœuf) ; porter les cornes…
Bounét de clouque: (béret de glousse) – vieux béret sale et usé.
Bounétade: coup de béret ou salut en ôtant le béret.
Bounétas: grand et large béret.
Bounétasse: grande panse – gros ventre.
Bounétat: plein béret.
Bounétade: mesure de châtaignes, noix…
Bounéto: bégain, petit ami
Bounétot: petit béret.
Bounétayre: marchand de béret.
Qu’a s’un bounet: (il a son béret), se dit d’un vin capiteux ou qui chauffe les oreilles…

Aujourd’hui, le béret même s’il reste très important en BEARN, PAYS BASQUE et GASCOGNE, a largement dépassé ces frontières . Il est entré dans le désign – la pub… Il est porté dans le monde entier et en particulier par les militaires ( japon – France – Amérique – Afrique …) et, bien des personnalités comme MADONA – Sindy CRAYFORD – Gréta CARBOT – Ché GUEVARA – le Général MONTGOMERRY…

Tout en faisant partie d’un mode de vie régional, il s’est totalement intégré à la mode d’aujourd’hui. Il fait partie de ces objets intemporels qui traversent les ans sans jamais se démoder. C’est un élément de reconnaissance, un vrai repère social et il est exporté dans le monde entier par les deux entreprises béarnaises qui le fabriquent.

Soyons fier de le porter.

Et VIVE LOU BOUNET !