La Chapelle Ste Hélène

 

Son Histoire

L’église St Jean Baptiste

Avant la construction de l’église paroissiale St Jean-Baptiste, MOUMOUR possédait une chapelle dédiée à Sainte Hélène, sise après le pont du vert, à gauche de la route en direction d’ORIN.

Plus qu’une chapelle, elle a été hôpital à la grande époque des pèlerins se rendant à St Jacques de Compostelle ou Rome et, en même temps église paroissiale pour MOUMOUR et les villages de la vallée de JOSBAIGT. Elle a été aussi et surtout, lieu de pèlerinage important du Xème au XIème siècle avec un renouveau au XVIIème .

C’est surtout comme lieu de pèlerinage qu’elle est connue, dès le Xème siècle . "Le sentiment religieux de cette époque précise l’historien LABORDE, en 1920, se manifeste dans la construction d’églises, de chapelles, de monastères, dans les pèlerinages qui portaient les foules vers les sanctuaires célèbres, comme St Jean –D’ARIEN, la chapelle de SERRES-CASTET, St Ambroise de NARCASTET, Ste HELENE de MOUMOUR etc…. qui connaissait déjà un grand renom."

On y venait de loin à Ste HELENE et surtout les jeunes mères qui venaient spécialement demander à la sainte mère de l’empereur CONSTANTIN abondance de lait pour leur nourrisson. A cette époque les mères allaitaient elles-mêmes leur enfant et, la pauvreté aidant, manquaient souvent de lait.

Il n’y a pas encore si longtemps on l’invoquait aussi par temps d’orage et on disait pour obtenir sa protection les vers béarnais suivants :

"Sente Barbe, Sente Lène – Sente Marie Magdeleine
Sente Barbe, Sente Croutz – Lou boun Diù que sie dap nous
"

Lors du contrat de JOSBAIGT, en 1249 les habitants de MOMOR, invoquent, pour obtenir le droit de pacage dans la vallée, leur appartenance à la paroisse Sainte HELENE, ce qui leur fut accordé. Qui dit paroisse ne veut pas dire village. A l’époque, aucun village de la vallée ni MOUMOUR, ne possédait d’église et dépendait de Ste HELENE. C’était en quelque sorte un regroupement du même genre que celui fait en 1998…

Les XIII ème XIV ème siècles voient exploser le passage des pèlerins vers les deux anciens et plus connus lieux saints du monde, après JERUSALEM, St Jacques de COMPOSTELLE et ROME.

Ste HELENE se trouve sur l’un des itinéraires dits "camis roumis" même si ce n’était pas l’un des plus importants. Les pèlerins ne comptaient pas leur temps, ils musaient, cherchant les chapelles fréquentées ou celles abritant de saintes reliques.

Ainsi ,après ORTHEZ, au lieu de suivre la grande voie d’OSTABAT et RONCEVAUX, certains prenaient la route de SAUVELADE, puis LUCQ, - 2 monastères - et de là, se dirigeaient vers Ste HELENE en traversant le gave à PRECHACQ, - par le bac -, ou se trouvait un "OSTAU DE L’ESPITAU".

Depuis MOUMOUR ils pouvaient prendre plusieurs directions: OLORON – SARRANCE – Ste CHRISTINE DU SOMPORT, ou, suivre la vallée du VERT, vers BARCUS, la MADELEINE, TARDETS et Ste ANGRACE où se trouvaient les reliques de la sainte….

En plus du lieu de dévotion, Ste HELENE fut aussi un "hôpital". Qu’entendait-on au moyen âge par ce mot ? Ce n’était pas dans son sens moderne des asiles à l’usage des infirmes ou des lieux de soins médicaux mais plutôt des hôtelleries offrant un abri et un lieu de ravitaillement aux pèlerins qui, le bâton à la main s’en allaient sur les grands chemins vers quelques sanctuaires renommés.

Ces hôpitaux se trouvaient dans des centres comme LEMBEYE – LESCAR - ORTHEZ…. Mais aussi en pleine campagne comme Ste CHRISTINE du SOMPORT ou Ste HELENE. Ils formaient des lieux d’étapes sur les routes les plus fréquentées.

Dans ces maisons tout pèlerin était assuré de trouver tout ce que peut espérer un homme dans une maison hospitalière: nuit et jour on y soignait, nourrissait, couchait quiconque se présentait : homme ou femme et tous ceux que les serviteurs ramenaient des refuges ou des bords des chemins, fatigués, malades ou blessés, chrétiens ou hérétiques, français, maures ou étrangers…

De 1593 à 1624, on y reçut même des béarnais huguenots partant moissonner dans les plaines de CASTILLE, ce qui indigna fortement un chroniqueur de l’époque, mais c’est grâce à lui qu’on l’a su !

Les détails des soins que les pèlerins recevaient, sont impressionnants: accueillis sous le porche de l’entrée, les pèlerins passaient au bain, on leur faisait la barbe, coupait les cheveux, on raccommodait leurs chaussures, ravaudait leurs vêtements et même parfois on leur en donnait de propres. S’ils étaient malades, ils recevaient des soins, si l’un d’eux mourait, il était enseveli honorablement dans le cimetière attenant à l’hôpital.

Un poème daté de 1560, parle même pour le service des malades "de femmes propres et non difformes"… le rêve quoi !!!!
L’administrateur de ces asiles charitables portait le nom de "commandeur". Un ou plusieurs chapelains pourvoyaient aux fonctions religieuses de l’église ou de l’oratoire. Les hospitaliers laïques ou religieux étaient des 2 sexes - Frays et Sorers, nous disent les textes -, pour assurer le soin des malades. Les pèlerins qui le pouvaient aidaient au ménage et à la cuisine pendant leur séjour. Les permanents cultivaient un jardin et élevaient volaille, bétail, porcs ….

Ste HELENE ne figure pas sur le cadastre de 1832 où on ne trouve qu’une croix, et devait donc être déjà abandonné et à l’état de ruine. On y célébrait pourtant des offices à la fin du 18ème siècle.

Voici quelques dates de documents parlant de Ste HELENE et où l’on trouve :

1249: "la paroquia dé Santa HELENA" (la paroisse de Ste HELEE)

1370: Les cadets de MOUMOUR qui tiennent la prébende de l’église St Jean - Baptiste, se plaignent du fait que cette église est moins fréquentée que le sanctuaire primitif de Ste HELENE qui reste centre baptismal et qui continue à capter une part importante des intentions pieuses…

1434: désignés en ces termes: "la glisis et l’espitau qui es édifiade en la territori de Sancta HELENA dé MUMU"

1465: SENTE HELENE.

1469: SENTE HELENE (comme on dit encore aujourd’hui en béarnais).

1471: une sentence arbitrale prononcée par Bertrand d’ARETTE, curé de Ste ENGRACE, entre Fors de MORLAAS, curé de MOUMOUR et Bertrand de LECHEMESTAR, curé de GERONCE qui se disputaient la propriété des voiles des enfants baptisés à Ste HELENE. Ces voiles étaient récupérés pour servir de corporaux ou de linge d’autel.

1545: un litige de la communauté de MOUMOUR et quelques habitants d’ORIN sur l’utilisation des "bugadar" (lavoir) de Ste HELENE.

1690: une lettre de Mgr de la SALETTE évêque de d’OLORON, adressée à tous les curés du diocèse, demandant d’organiser une quête pour restaurer la chapelle de Ste HELENE détruite par l’impiété et la rage des hérétiques, afin qu’on puisse y revenir en pèlerinage. Elle fut rétablie le 1er mars 1691.

1707: mariage à Ste HELENE de LUISETTE, Jean et ARZACQ Catherine de MOUMOUR.

1764: Frère FONDEYRE EST ENSEVELI SOUS LA CHAPELLE Ste HELENE ou il résidait.

 

Avec ces quelques évocations, on voit que Ste HELENE qui est représentée sur l’un des tableaux de l’église, en plus d’un lieu de dévotion pour les jeunes mères et de pèlerinage, pendant plus de 800 ans, a été aussi, pendant plusieurs siècles, un de ces hôpitaux qui recevaient et aidaient les pèlerins - au sens large du mot -, qui frappaient à sa porte.

Comment expliquer le très grand prestige de cette petite église ? Peut-être par le souvenir laissé par sa qualité d’église baptismale dans les premiers siècles de la christianisation du JOSBAIGT, pour une vaste paroisse couvrant les 6 villages de la vallée de MOUMOUR. Par la suite, la construction d’églises dans chaque bourg la rendue inutile. Malgré ça elle a continué jusqu’au 19ème siècle à assumer toutes ses fonctions au grand dam des autres églises. Des siècles de souvenirs ne s’effacent pas aussi facilement …et pourtant aujourd’hui, quelques dizaines d’années ont suffit pour en gommer toute trace…

Encore une fois nous constatons combien l’histoire de notre village est riche, - et il reste beaucoup à découvrir - et qu’il est très regrettable de voir tout notre patrimoine disparaître. Ainsi, nous ne pourrons rien voir de cette chapelle, nos lavoirs ont été détruits et que restera-t-il de la tour dans quelques années ?…

Serions nous incapables de faire quelque chose pour préserver nos racines, conserver notre patrimoine, garder pour nos enfants les souvenirs d’un riche passé ou seulement conserver ce que nous ont transmis nos ancêtres ?…

 

    L’église St Jean Baptiste